Tahri : Ce Bronzé vaut de l'Or
vendredi 11 septembre 2009
Après s'être immiscé dans la vie des Kenyans en 2004 lors d'un long stage de préparation, le grand Messin Bob Tahri, du haut de son mètre 91, a enfin réussi à s'intercaler entre les hommes des hauts plateaux sur un grand rendez-vous. Ce Mardi 18 Août 2009 restera à jamais dans sa mémoire le jour où il put faire taire ses détracteurs et surtout celui qui lui permit de décrocher son graal : une médaille mondiale.
Avant de s'attarder sur son exploit berlinois qui fit pleurer de joie notre Stéphane Diagana national, attardons nous sur le passé en grande compétition de cet infatigable travailleur, passionné avaleur de kilomètres qui n'a jamais abandonné et qui a bien fait.
30 ans l'âge de la maturité ? Oui...et celui de la consécration !
La Carrière
Ce qu'on ne sait pas ou que peu de personnes savent, c'est que Tahri est l'un des athlètes mondiaux les plus réguliers au plus haut niveau et ce sur déjà une décennie. En effet, il était présent il y a 10 ans aux mondiaux de Séville lorsque Eunice Barber alla chercher l'or à l'heptathlon. Depuis, c'est une succession de places d'honneur en évènements majeurs (5° en 2001 à Edmonton, 4° malheureux à Paris alors que le podium lui tendait les bras dans un Stade de France en fusion, 8° e 2005 à Helsinki, 5° à Osaka il y a deux ans).
Aux JO, il prend la 8° place à Athènes puis la 5° à Pékin voyant le jeune Mekhissi argenté, pour sa grande première...tandis que lui n'y arrive toujours pas. Cette concurrence française l'a surement stimulé pour cette saison 2009 d'ailleurs, comme Renaud Lavillenie a boosté Romain Mesnil à la perche.
Entre temps, il décroche le bronze aux Europe de Goteborg en 2006 après avoir échoué au pied du podium à Munich quatre ans plus tôt.
Un bilan bien maigre compte tenu de son rang et talent. On se dit que ce n'est pas un homme de championnats comme d'autres l'ont été auparavant. Toujours en finale, la réussite, les jambes voire le mental le trahissent pour conclure et "monter sur les boites".
2009 : La Renaissance
Encore meurtri au plus profond de lui-meme par une dénonciation mensongère de pratique du dopage en Juillet 2007, touché en plein orgueil par l'apparition du phénomène Mekhissi, c'est dans l'ombre que Tahri débuta son année, il la finira dans la lumière.
Cet acharné de travail se prépare plus que jamais pour marquer cette année de son emprunte. Avec son coach Jean-Michel Dirringer il avale les kilomètres comme on enfilerait des perles pour se procurer un foncier à toute épreuve. Il progresse en vitesse en enchaînant quelques 1500 m par la suite.
Son premier exploit, il le réalise le 3 Juillet chez lui à Metz en reprenant le record d'Europe de sa spécialité au Néerlandais Vroemen qui le détenait depuis 2005 (8'02''19). Il marque alors son retour au premier plan et se positionne comme l'un des favoris pour Berlin. Il sait qu'il a la référence chronométrique pour rivaliser avec les Kenyans même si cela va vite le jour J.
Le Jour J est le Mardi 18 Aout, le Stade Olympique est en feu, Tahri compte venger Mekhissi (blessé aux abdominaux en série), les Kenyans veulent attaquer : tout est réuni pour une grande course. Nous n'en fumes pas déçus !
Au nombre de 4, les Kenyans emballent la finale dès le départ. Le rythme est effréné, les hommes des hauts plateaux placent des banderilles à tour de rôle et l'écrémage se fait à l'arrière comme pour le peloton du Tour dans une ascension finale sur des pentes alpestres.
Dans le dernier kilomètre, il ne reste que quatre hommes : Koech, Mateelong, Kemboi et Bob Tahri, vaillant et très serein.
A un tour de l'arrivée, c'est la même situation, Tahri peut l'emporter...tout comme finir 4° comme en 2002 à Munich où le scénario était identique. A cet instant, le Messin se dit "Tout sauf 4°" et c'est dans ces moments que l'expérience joue. 200 m encore à courir, Kemboi s'envole en tête même si le grand Bob passe bien la dernière rivière, la 3ème place lui tend les bras...mais il piétine avant l'ultime obstacle se faisant re dépasser par Koech. On se dit alors que ce n'est pas possible, qu'il n'y arrivera jamais...mais trouvant des ressources physiques et mentales incroyables et Koech coinçant, il finit 3° au terme d'un finish haletant !
Résultat : Médaille de bronze derrière Kemboi et Mateelong, record d'Europe explosé en 8'01"18 et les honneurs...enfin ! Le mérite est récompensé et on ne peut qu'être touché.
Cette course dans laquelle on est passé par toutes les émotions en condensé avant d'exulter reste mon émotion des Championnats avec les courses de Usain Bolt et c'est pourquoi, malgré le retard du au travail et aux vacances, j'ai voulu largement la commenter.
Merci Tahri.
PS: Les Championnats, magnifiquement organisés et réussis par les Allemands ont été d'une qualité extraordinaire : des performances, des émotions, des surprises, du public...
L'universalité et la fraternité que génère ce sport vaut bien son titre de Reine des disciplines.
Publié parNicolas MIKLUSIAK à 13:42
Libellés : Athletisme
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